Christophe Huet est le quatrième artiste numérique mis en avant dans la  Collection TEN, Saison 3, en ce mois de septembre 2014.
Il nous livre quelques infos sur les coulisses de son travail sur « Energy of life », sa réalisation commune avec le photographe Mikel Muruzabal.

Christophe, comment décririez-vous votre style ?

Peut-être que beaucoup de gens disent que j’ai un style, mais c’est difficile pour moi de l’admettre ou de le définir. Je n’ai pas de recette particulière. Je me concentre simplement sur l’équilibre dont l’image a besoin.

Qu’est-ce qui vous inspire, d’où viennent vos influences ?

Je n’ai pas le temps de regarder la TV ou de surfer sur Internet (sauf lorsque je cherche un nouveau logiciel).

J’essaie de me rendre régulièrement dans des expositions. Et je voyage beaucoup. Je joue du piano chaque jour et je fais du yoga depuis longtemps. Ce sont mes principales influences.
En quoi pensez-vous que vos origines et votre culture françaises aient influé sur votre travail ?

Nous sommes tous influencés par la culture de notre pays, par notre famille et par nos amis. Pratiquer un sport ou jouer de la musique régulièrement a également beaucoup d’influence sur votre comportement ou votre façon de penser. Et c’est mon cas.

Quelles sont selon vous les qualités requises pour être un bon designer ?

La qualité principale pour toute activité créatrice est de rester ouvert, d’avoir assez de place dans sa tête et son cœur pour essayer de nouvelles choses. Pour les photographes, les designers et les artistes sur Photoshop, il faut travailler pour l’image elle-même, et pas pour son ego.
Pourquoi avez-vous rejoint le projet TEN ?

Pour pouvoir travailler avec un photographe avec lequel je n’avais jamais travaillé et qui venait d’un autre pays. La perspective de l’expérience que représentait le partage d’une création était vraiment excitante.

Travaillez-vous souvent en duo, comme pour ce projet ?

Comme je travaille souvent pour des campagnes publicitaires je suis fréquemment amené à travailler avec un directeur artistique et parfois avec un photographe. Beaucoup de gens sont censés donner leur approbation. Donc c’est toujours un travail d’équipe.

Comment se passe la collaboration avec les autres artistes (réflexion, réunions, organisation, communication…) ?

La plupart du temps les contraintes sont immenses et je dois faire avec. Nous devons parler du projet et je dois trouver la meilleure solution pour obtenir le meilleur résultat. C’est parfois difficile de devoir partager la création avec des gens qui ne connaissent absolument rien à votre métier. Mais ça n’arrive pas si souvent.

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Qu’est-ce que le thème de cette série vous inspire ?

Le thème du futur est vaste et je ne voulais pas le traiter comme une image de « fin du monde ». Je préfère une vision plus simple du futur. J’ai donc imaginé ce que pourrait être un portrait dans le futur. C’était le point de départ pour Mikel et mon projet.

Quels sont les messages, les émotions ou les idées que vous avez cherché à transmettre à travers votre création ? Et qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

Comme nous voulions des portraits de gens, j’ai proposé à Mikel une sorte de tatouage ou d’implant lumineux, dont la clarté émanait de sous la peau. Ce pourrait être un signe de ce que nous verrons peut-être dans des temps futurs.

C’est le seul support créatif que nous avions avant la séance photo. Nous ne savions même pas comment le faire. Nous avons improvisé et travaillé sur la création en temps réel, quittant la pièce au fur et à mesure que nous avions des idées ou des opportunités. Garder un espace de liberté créative pour nous deux était la chose la plus importante pour moi. J’ai mélangé l’image de Mikel prise pendant la séance photo et une de ses images personnelles qui m’avait plu pour amener ma propre vision de l’image.

L’idée d’une boîte rouge à l’intérieur du corps vient d’une image que Mikel avait faite lors de ses séries « B.desert ».

Je l’ai ajoutée au portrait et j’ai adoré le fait que cette boîte ne corresponde pas à la forme du corps ainsi que la couleur rouge qui me faisait penser au cœur. Un cœur carré ? Oui, j’adore ce symbole, comme si quelqu’un essayait de nous mettre dans des boîtes dans lesquelles nous ne pourrions pas entrer. Les êtres humains, avec leurs valeurs universelles doivent être placés au-dessus de l’argent, du pouvoir et de l’intérêt personnel, mais ce n’est pas le cas, et ce sera peut-être pire dans le futur. La boîte rouge, avec ses angles saillants, ne correspond pas à la forme des corps… Nous devons donc nous battre pour garder cette partie de nous qui nous définit. Et l’arbre de vie à l’intérieur est comme un poumon, il est à l’envers parce que c’est le sens par lequel un bébé vient au monde, la tête orientée vers le sol, les pieds vers le ciel, avec le cœur au-dessus de la tête. Ce second symbole est également très fort. Et nous devons maintenir se lien qui existe entre la tête et le cœur (représenté par la lumière qui transparait sous les veines), pour que l’un puisse se nourrir de l’autre. Jamais l’un sans l’autre. Tout comme nous avons tous besoin les uns des autres, notre tête à besoin de notre cœur et inversement.

C’est l’arbre de la vie.

Pourriez-vous décrire votre méthode de travail en quelques mots ?

Comme je vous l’ai déjà dit, je n’ai pas de recette particulière. Chaque image possède son propre potentiel. Le principal est de comprendre le but du projet, puis de trouver la meilleure solution (prise de vue avec un fond vert, modélisation-rendu CGI, fabrication des modèles, images d’archives…). Nous discutions avec toutes les personnes qui sont impliquées dans le projet (directeur artistique, photographe, client…) et nous commençons ensuite à travailler sur l’image.

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Est-ce que vous avez utilisé des outils particuliers et travaillé différemment pour TEN ?

Oui, ça a été un peu différent pour TEN. Nous n’avions pas la contrainte de « l’approbation client ». Le plus souvent, c’est contraignant.

Portrait_Huet_600x600L’autre nouveauté était que Mikel et moi ne nous connaissions pas avant la séance photo et nous n’avions pas de directeur artistique pour faire le lien entre Mikel, moi et l’idée du projet. Nous étions plus libres et nous devions trouver notre propre place dans la recherche pour la création dans le même temps. Pas vraiment évident, mais un véritable défi !

Pourriez-vous nous donner quelques « trucs » relatifs à votre travail, et les techniques que vous avez utilisées pour cette création ?

Vous allez être étonné, je n’ai aucun « truc ». Et ça n’est pas que je ne veuille pas partager mes connaissances. J’adore le travail en équipe, j’aime partager. Et bien j’utilise Photoshop comme tout le monde. La plupart du temps j’utilise les courbes et teintes/saturation. Parfois j’ajoute du grain pour lier les différentes images (particulièrement lorsqu’il s’agit d’un mélange d’images, de CGI ou d’images d’archives). Et comme je vous l’ai dit, rien de spécial. Le plus important et d’être attentif à la lumière lorsque vous faites des montages. Si la lumière vient de la même direction, vous n’aurez aucun problème à lier les images.

Pour en savoir plus sur Christophe Huet, n’hésitez pas à visiter son website et sa page Behance.