Tirage en ligne : le président de Photoways décrypte le marché
Suite à notre dossier sur les sites de tirage en ligne, Michel de Guilhermier, président du directoire du groupe Photoways (le leader européen avec près 25 millions de tirages), nous a accordé une interview téléphonique, une occasion unique d'en savoir un peu plus sur le marché du tirage en ligne.
"Il existe en France une vingtaine de laboratoires en ligne, les autres sites sont des distributeurs." explique Michel de Guilhermier. Comme certaines boulangeries fabriquent leur pain et d'autres l'achètent tout prêt(une mesure de Jean-Pierre Raffarin en 1998 ndlr), le marché du tirage en ligne se décompose en deux catégories : ceux qui ont les machines et ceux qui sous-traitent. Ainsi la Redoute, Girafoto, LeaderPhoto et bien d'autres sous-traitent leurs tirages.
Pour ces derniers, c'est le laboratoire Français LPI à coté de Tours qui réalise les tirages pour eux.
Autre exemple, Carrefour et Auchan qui proposent les tirages des laboratoires Kodak et Fuji.
"La pratique est plus répandue au USA où seuls quatre sites, les leaders, sont producteurs" poursuit Michel de Guilhermier. Ainsi, on apprend qu'en Allemagne, une société nommée Cewe Color propose une formule simplifiée. Cewe livre un site clé en main et le service de tirage qui va avec. Ainsi, en créant une SARL de 8000€ de capital vous pouvez être un "acteur" du métier ! La société annonce plus de 38 000 partenaires dans 14 pays d'Europe, selon Michel de Guilhermier, rien qu'en Allemagne plus de 300 sites sont des clients Cewe.
Tous pareils ?
Alors comment s'y retrouver ? Le directeur de Photoways nous avoue que les différences en termes de qualité de tirages ou de papier, sont très difficilement perceptibles, et reconnaît qu'il n'est pas évident de s'y retrouver :"avec toutes les promotions, le métier est cassé, les offres varient parfois d'un jour à l'autre, malgré tout le site le moins cher du marché fait partie du groupe Photoways, il s'agit de Pixdiscount". Notre enquête nous avait amené à la même conclusion sans certitude, c'est aujourd'hui confirmé.
Pour Michel de Guilhermier, ce sont surtout les services qui diffèrent, stockage, albums en ligne et surtout les fameux "goodies", tout le merchandising crée à l'aide de vos photos, les mugs, les peluches, les calendriers, les book photos, qui font sortir les sites de leur métier de laborantin et les pousse vers l'imprimerie. "C'est un autre métier, mais ces services sont à forte valeur ajoutée et nous produisons nous-même tous ces produits. Par contre, pour une question de place, nous sous-traitons les mugs, les peluches, etc, mais ce n’est que temporaire car nous avons une vraie volonté de les produire en interne."
Un nouveau métier
L'apparition d'internet et du numérique est récente, et actuellement ce petit monde est en effervescence. Et pour cause, les enjeux financiers sont de taille, un site comme Photoways, par exemple, réalise un chiffre d'affaire de 6 millions d'euros.
Michel de Guilhermier essaye quant à lui d'apporter du sérieux et de la crédibilité à son métier en tentant de permettre au consommateur de différencier les services. "Nous avons demandé à certains sites de ne pas se revendiquer comme laboratoire en ligne alors qu'ils n'ont pas de laboratoire". Ainsi, au même titre qu'une boutique de dépôt de pain n'est pas une boulangerie avec un boulanger un four et un pétrin, un site de développement ne peut utiliser le terme laboratoire que lorsqu'il en possède un.
Photoways gendarme du tirage en ligne ? "Je défends simplement les intérêts de notre groupe contre toute pratique déloyale, mais cela ni plus ni moins que tout chef d’entreprise !" explique le président de Photoways et de conclure " Par contre, en parallèle, je cherche bien à "évangéliser" et crédibiliser le métier du tirage en ligne de façon générale, comme alternative intéressante au magasin, à la borne ou au tirage à domicile."
Après une période de "débauche", il semblerait que le marché du tirage en ligne veuille revenir vers des valeurs plus raisonnables et surtout proposer un service clair et de qualité.
Dans d'autres branches, on a eu recours à la labellisation et à l'appellation d'origine contrôlée, les sites vont devoir trouver leur solution pour garantir leurs services et leur professionnalisme. Mais cela n'est pas de l'intérêt et du goût de tous, le bras de fer ne fait que commencer.